Austerlitz sur Rouergue
Le train de nuit a quelque chose de différent. Le trajet est long et sans ligne d’horizon à travers la vitre, rien à quoi se raccrocher, même pas un wagon bar, que du noir et du temps qui s’étire. Pas à l’infini, mais jusqu’à l’aube et c’est déjà beaucoup.
Quasiment 22h43 du côté d’Austerlitz, c’est en travaux, c’est pas beau. La librairie est encore ouverte, j’attrape un roman de gare sur les bons conseils d’une lecture à plume. Le café est en train de fermer, en prendre un dernier est tentant, mais risqué pour les nombreuses heures à venir; le marchand de sable ne saupoudre pas les rails. Je me rattrape sur le distributeur automatique à cochonneries. Histoire de se donner une contenance inutile autrement qu’en tapotant des textos, plutôt avec la main dans le paquet de crocodiles, ça fait plus sérieux. Parce que les deux mecs bizarres, ceux qui traînent toujours dans les gares quelle que soit l’heure, ont l’air drôlement intrigué par mon téléphone blanc. Ou peut- être même par mon sac vert? Ou bien juste par ma parano parisienne qui s’échappe au fin fond de la province avec les lacets défaits et le blouson débraillé.
Malgré la destination improbable et mal desservie où je m’enfuis, il y a la queue pour accéder au contrôle des billets sur le quai. Les passagers s’observent, on espère que celui- ci sera placé pas loin avec son visage poupin, que ceux- là avec leurs enfants bruyants seront à l’autre bout du train. Finalement et sans surprise, je suis entourée de personnes âgées qui éteignent la lumière alors que nous ne sommes même pas encore demain et que nous traversons encore les gares de banlieue… Ces mêmes gens qui soupirent en devinant que ma veilleuse restera allumée jusqu’à la gare d’arrivée. Pour lire, pour regarder ma vieille mère dormir et rien que pour les embêter.
Je ferme enfin les yeux quand mes camarades à cartes vermeil s’agitent à descendre leurs valises, une bonne heure avant d’atteindre notre campagne commune… Au cas où ils viendraient à louper le terminus au milieu de nulle part? Alors que la capitale et la case départ me manquent déjà.
PS: J’ai perdu mon soutien- gorge dans le Lunéa n°3755, rien de sexuel malheureusement, juste que les baleines c’est pas confortable pour tenter de trouver le sommeil dans un siège soi- disant inclinable. Si vous tombez sur des dentelles bonnet D la prochaine fois que vous empruntez le train, benh… C’est pas le mien!
PS bis: Premier post de ma vie de blogueuse envoyé depuis un smartphone… Profitez- en pour faire un vœu (comme retrouver mon wonderbra en goguette sur le réseau SNCF par exemple)!
PS ter/ TER (humour de cheminot): Ceux qui m’aiment (moi & mon train Corail) aimeront grimper à bord du TGV diurne de Sylvain.
Aujourd’hui “Il a dit”
Il a dit qu’il n’y en aurait jamais un qui me supporterait assez longtemps pour rester. Ce à quoi j’ai répondu il y a quelques années déjà qu’il n’avait sûrement pas tort, puisque je tenais en grande partie mon sale caractère latin de lui… Et qu’effectivement, tout le monde ne pouvait pas avoir la patience légendaire de sa douce épouse, ma grand- mère. Il est resté bouche bée avant de baragouiner une autre vacherie, mais en espagnol ce coup- ci, au cas où j’aurais pas saisi dans ma belle langue maternelle.
Il a dit que j’étais chiante et il répète “lâche- moi” quand je l’attrape par le cou pour la dix millionième fois de la journée. Mais lui n’a pas le choix de me supporter. J’étais là avant et je suis tombée en amour au- dessus de son berceau il y a 23 ans. Il pourra me repousser autant qu’il voudra, être désagréable à souhait avec sa sœur préférée, que je serai toujours là. Même s’il persiste à se cacher pour jouer du piano en solo et à me fusiller sous ses lunettes quand mes questions deviennent trop indiscrètes.
Il a dit que j’aurai plus de force si je me battais avec des mots plutôt qu’avec mes poings dans la cour de récré. J’avais 6 ans, j’ai pas tout compris sur le moment, mais j’ai déployé toute mon énergie d’enfant à savoir lire avant mes camarades de classe. Les petites filles sont amoureuses de leur papa, moi j’étais en extase devant mon premier instituteur. Peut- être parce qu’il s’appelait Ph. aussi, peut- être parce qu’il m’a appris à écrire, surtout.
Il a dit que si j’étais moins insolente, je pourrais faire carrière. Je me suis retenue de rétorquer que je n’avais pas pour ambition de devenir DRH si c’était pour finir aussi aigrie que lui; je me suis contentée d’acquiescer sagement comme une employée faussement formatée. À la façon dont il m’a demandé de quitter son bureau après l’entretien, il a dû deviner mon effronterie sous mon sourire malpoli. Mais j’ai eu une très bonne note, même si j’attends une augmentation impossible (nb: vous ne payez pas assez d’impôts).
Il a dit que j’avais un joli nez bien droit. Quand d’ordinaire on me complimente avec moins que plus de délicatesse sur mes formes arrondies. Celles qui remplissent… Les paragraphes chuchotés si bas qu’ils disparaissent.
Elle a dit: “Ce ne sont que des hommes, la maladresse devrait être du genre masculin, même s’il n’y a pas plus ravissant qu’une fille qui ment”.
À 17h03, il a dit: “Rencontrons- nous début avril”… J’en ai pleuré de joie sur mon combiné parisien (en raccrochant et sans mentir).
Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“. Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots mais je suis bavarde donc je triche, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. Puis je complique autant que je me facilite la donne en m’imposant une consigne supplémentaire: 7 minutes maximum pour déposer mon essai. La totalité de ces posts se trouve ici.
Un jour mon poste viendra
Monsieur,
J’avais promis de respecter le protocole, mais les commentateurs insolents à souhait sur mon précédent billet ayant déjà fait fi de toute convenance… “JB”, comment vous dire?
You made my day <3 … et pas que sur Twitter!
Ça méritait bien un nouveau cahier en attendant un nouveau poste… C’est qu’on va probablement avoir le temps de gratter un certain nombre de billets officieux ici avant d’écrire officiellement pour Paris!
Je sais, cet article c’est l’arnaque tellement il est court et sans autre intérêt que de flatter mon personal branling ego démésuré, mais comme on dit subtilement chez moi: y a pas de mal à se faire du bien (ce dicton délicat vaut encore plus sur les heures ouvrées normalement dédiées à l’amour des Ressources Inhumaines).
Il paraît qu’hier, 29 février, était un jour de trop.
Je me souviens pourtant des dimanches soirs gâchés par l’étrange sensation qu’il manquait un jour au week- end. Le seul remède à la rengaine précipitée de la semaine suivante était l’odeur des crêpes qui s’échappait de la cuisine pour venir frotter nos narines dans le salon et décorer nos babines (et le canapé) de Nutella, tranquillement installés devant Ça cartoon. Malgré la douceur du moment et nos efforts pour le prolonger jusqu’au lundi, l’heure de retourner à l’école arrivait inlassablement.
Je sais aussi les jeudis soirs calée à l’arrière du bus, les écouteurs vissés aux oreilles et les yeux rivés aux appartements luxueux derrière la vitre sale, parcourue par l’agréable sensation de remonter le boulevard Raspail pour l’avant- dernière fois de la semaine. Malgré l’odeur du pop- corn sucré en sortant du ciné pour cristalliser la fin du week- end et la lumière qui s’échappe des lustres aux plafonds sculptés sur l’avenue Coty que nous remontons à pied, le dimanche aux alentours de 17h- 19h n’a jamais perdu son goût amer.
Alors on avance en tâtonnant, parfois trop lentement, souvent pas assez vite, le plus important étant de ne pas reculer. Ou alors juste pour prendre de l’élan avant de sauter.
Y a -t- il vraiment un jour de trop?
(Je crois que j’avais pas grand chose à dire mais juste l’envie d’écrire, le temps qui s’écoule le long de la Seine et celui qui ne tient qu’à un nuage sur la capitale, restent une source inépuisable de prétextes à brouillons… J’aurais tout aussi bien pu poster un article sur mon nouvel abattant de WC et comment j’ai galéré pour le fixer même pas droit, on se serait marré, mais avouez que la photo pour illustrer aurait été rudement moins jolie)
(Je profite de cette parenthèse pour en ouvrir une autre: cher Jean- Bernard Bros, Adjoint au Maire de Paris chargé des média, au lieu, ou en plus, de retweeter gracieusement mes œuvres sur les réseaux sociaux, il me siérait assez que vous employiez mes talents au sein de votre Cabinet contre un salaire même pas mirobolant, du moins pas encore. Dans l’attente, recevez, Monsieur, l’expression de ma considération insolente distinguée etc… Je suis joignable sur Gmail en haut à droite, ou en DM, ou via FB, ou tout simplement via mon adresse professionnelle en @paris.fr qui se décline avec mon petit nom sur le même schéma que la vôtre, que je la donne pas à tout le monde, sûrement parce que c’est celle dont je suis la plus fière. Bref, cher Président de la Tour Eiffel, si j’étais vous, je ferais bon usage de tant d’honneurs sans évoquer le fait que j’ai carrément plus de followers!)
À bientôt? Je peux faire un crochet par l’Hôtel de Ville dès le premier lundi de mars, parce qu’il n’y a pas un jour de trop à perdre… Cordialement.
Aujourd’hui “serrer”
Il aura fallu un âge charnière et une bague entrelacée pour mettre les choses à plat. Comprendre vraiment et croire sans faux- semblant que tout est plus simple quand on laisse les fils s’emmêler avec une certaine légèreté. Ça dessine des arabesques sous la peau qui viennent s’enrouler autour des endroits qui font mal. Ça n’empêche pas de serrer les dents et de se ronger les sangs cette histoire de rubans. Mais voir le nœud coulant plutôt qu’un sac de nœuds est un bon début, une bonne continuité, ou juste un bon moyen pour avancer autrement. Les personnes qui ne cherchent pas à expliquer les symboles n’ont sûrement pas besoin de trouver un sens à la vie pour y danser, s’y égratigner et repartir en pas chassés. Tu danses? Si tu veux je t’apprends.
À no(médi)ter qu’un demi-nœud d’arrêt empêche le nœud coulant de glisser sur lui-même et de se défaire, quand on le serre.
Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“. Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. Puis je complique autant que je me facilite la donne en m’imposant une consigne supplémentaire: 7 minutes maximum pour déposer mon essai. La totalité de ces posts se trouve ici.


















