Veni Vidi Venerdì
Aux Halles, j’ai laissé défiler 7 rames à sardines avant de pouvoir monter sans jouer des coudes huilés.
Quand un train à sirènes est arrivé, je me suis assise dans le carré abandonné, collée à la vitre sale.
Je connais par cœur les 14 stations qui séparent le ventre de Paris de mon nid…
Mais je ne me lasse pas de les deviner avant de voir leurs noms blancs se découper sur les mosaïques bleues.
J’avais envie d’écouter Hey You, alors j’ai démêlé le fil de mon casque entre Châtelet et Odéon.
Pour m’apercevoir à Saint- Germain, que la batterie de mon iPod était aussi à plat que moi.
À Saint- Sulpice, j’ai eu envie de lire un chapitre de Belle du Seigneur, ou juste une phrase.
À Saint- Placide, je me suis souvenue avoir préféré faire la crâneuse ce matin avec mon mini sac, que la littéraire ce soir avec ma besace sans fond.
À Montparnasse, la vieille dame a demandé à sa voisine si elle n’avait pas froid habillée ainsi.
L’autre a répondu qu’elle n’avait pas bien chaud, avec sa liquette à manches courtes.
À Vavin, je me suis souvenue que j’avais un blog en maille rouge "Ah oui tiens!"
À Raspail, je me suis sentie comme une mère coupable de délaisser son petit au profit du quotidien qui s’enfuit.
À Denfert- Rochereau, alors que je me concentrais sur une éventuelle ébauche de billet, un beau garçon m’a tiré la langue.
À Mouton- Duvernet, ce même bonhomme haut comme 3 pommes, m’a fait du charme et des clins d’œil.
Pour finalement m’envoyer des bisous avec la main depuis le quai, mais j’ai bon espoir de le recroiser un jour à Alésia.
Porte d’Orléans, terminus, tous les voyageurs sont invités à descendre.
"Et à passer un bon week- end" a ajouté le conducteur dans le haut- parleur.
Il est presque 21h lorsque je traverse le périph’ à pied,
Le soleil d’avril est aussi fragile et timide que tenace,
Il perce encore.
La vie ressemble à ça en ce moment.
À un trajet ponctué de plaisirs et de contrariétés fugaces ligne 4.
À des choses minuscules qui n’ont l’air de rien,
À des mails en suspens, un peu exprès, surtout par paresse,
À des réflexions amorcées et aussitôt abandonnées,
À des idées en pointillé et du temps entre parenthèses.
Mais le tout mis bout à bout me plaît beaucoup.
PS: Article aussi décousu que le fil d’avril qu’il ne faut pas découvrir, le meilleur moyen de le comprendre consiste sûrement à ne pas chercher à le déchiffrer. Bisous doux*
Plus d’informations sur ma jolie ligne 4 ici.










J’aime bien la ponctuation de ton itinéraire quotidien !
C’est un trajet à points de suspension.
Ton article donne carrément envie de prendre le métro et redore l’image de la ligne 4. La morale, si j’ai bien compris, c’est qu’il faut s’intéresser, s’étonner de toutes ces (petites souvent) choses qui nous entourent… Et ça nous nourrit, nous, petits humains :-)
Moi, hier, j’ai vu un beau labrador beige, guide d’aveugle, qui après sa mission de guidage dans le métro, s’est assis et m’a lancé un regard fier mais tellement mignon ! Non, non je délire pas !!! Bref au pire, peu importe, jai kiffé ;-)
Tu comprends toujours où je veux en venir, et ça c’est chouette.
Peut- être que si tu te crevais un oeil, tu aurais ton labrador plus vite. C’est une idée à creuser :D
Subtil ton post … la vie en stations, les stations comme une poésie… de la vie ! j’adore !
Sinon @AurélieTheBest peut prendre le métro à un arrêt de bus !
Je vais finir par envoyer tes aphorismes à un éditeur.
On va se faire un paquet de pognon!
De toutes façon je préfère les fils un peu emmêlés du quotidien, alors c’est très bien comme ça :)
Les quotidiens tout tracés, c’est ennuyeux oui.
j’aime beaucoup.
Merci (beaucoup)