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#3 sur Cinq… Comme les doigts d’une main…

9 mars 2010

Préambule…: Le tableau de chasse peut s’apparenter à un tableau Excel à entrées multiples, au final, ils ne sont que très peu à rester des fichiers protégés. A vie. Pour des raisons qui s’expliquent, et d’autres pas. Parce que tomber en émoi devant l’Autre, ça ne se commande pas. Même s’il vaudrait mieux parfois? Si certains arrivent à contrôler ce sentiment, j’ai la faiblesse de penser que c’est drôlement dommage… Mon disque dur n’a même pas 30 ans et déjà quelques fichiers verrouillés au beau milieu d’un certain nombre de dossiers confus et mal rangés, pour ne jamais perdre complètement les premiers cités… Au cas où je viendrais à manquer de mémoire virtuelle ou si la carte mère venait à griller! Ces quelques- uns bien archivés, pas plus abondant que les doigts d’une main, m’ont fait du bien, du mal, mais je garderai toujours pour eux, quoiqu’il arrive, une tendresse particulière.

On ne déteste jamais vraiment quelqu’un qu’on a aimé. Qu’importe la durée.

Aujourd’hui, j’ouvre le Troisième billet de ces cinq cases protégées… La gravure est lancée… On peut continuer!

[L'intégralité de cette série de billets se trouve ici]

NB: Les personnes qui suivraient également mon chez moi secondaire violet connaissent déjà ce #3 un peu particulier, je vais essayer de l’aborder différemment cette fois- ci… Mais je ne promets rien!

G.'s hand (et sa clope éternelle), Fréjus- Septembre 2007

G., c’était la douceur incarnée. De son prénom, à son regard, jusque dans ses gestes. Pas timide, mais toujours sur la réserve.

Il m’a courtisée deux (longs) mois avant d’oser m’inviter à prendre un simple verre. Qui se sont transformés ce soir- là en je ne sais combien de verres, du bar au restaurant, puis de bars en bars… Je suis rentrée à la maison gaie comme un pinson. Mais toute seule. Nous nous sommes revus la semaine d’après devant un repas gastronomique cuisiné par ses soins, et je crois bien que si je ne m’étais pas littéralement jetée sur Lui à 2heures du matin, nous serions encore en train de digérer assis l’un en face de l’autre! La patience, ça va un temps.

Trois mois plus tard, nous passions une semaine idyllique entre le bleu azur et les roches rouges du Cap Esterel. Un soir, après avoir descendu la moitié de la bouteille de vin rosé pour se donner du courage, G. m’a attrapé les mains, a soutenu mes yeux inquisiteurs et il a lancé d’une traite: “Le 3 juillet, j’ai pas eu 30 ans, mais 35, c’est pour ça que j’ai inventé des conneries pour pas que tu viennes à ma soirée, il y en a bien un qui aurait gaffé, même sans allumer de bougies… Puis j’ai le foie complètement pourri et les reins qui fonctionnent quand ils en ont envie… J’suis malade et j’ai aucune hygiène de vie… Les médecins commencent à me parler de la double- greffe, mais de toute façon j’en veux pas, j’veux juste en profiter… J’avais pas le droit de tomber amoureux de toi… Mais j’ai pas pu faire autrement… J’veux pas que tu souffres, t’es jeune, t’es belle, t’as la vie devant toi…”. Il a lâché mes mains, a reculé sa chaise, mais attendait fébrilement une réponse dans mes yeux. J’étais déjà foutue (i.e complètement amoureuse) depuis longtemps de toute manière. Qu’aurais- je pu faire d’autre que de reprendre la main de ce grand gaillard d’1mètre82 pour l’inviter à se blottir tout contre mon mètre 59? Nous sommes restés là sans rien dire quelque chose comme une éternité, il a embrassé mes cheveux, puis il est parti se coucher. J’ai fini la bouteille de rosé sur la terrasse jusqu’à la nuit noire et étoilée, dans la tiédeur de cette fin d’été.

Ces aveux, qui auraient dû m’inquiéter, ou même me faire fuir, m’ont soulagée. J’avais bien compris que quelque chose ne tournait pas rond, sans jamais réussir à déterminer vraiment quoi? A présent, je savais à peu près où j’allais. Et j’étais bien décidée à le faire changer d’avis sur la greffe et l’urgence de commencer à se préserver… Régulièrement, lorsqu’il abusait, je lui susurrais: “Si tu ne le fais pas pour toi, pense à moi”. Balivernes.

Alors j’ai continué à l’aimer tel qu’il était. Inconscient. Ou tellement conscient qu’il n’en faisait qu’à sa tête.

Chez lui, ça puait le tabac froid, mais sa bouche avait le goût chaud des Marlboro. Et quand il fumait (c’est- à- dire tout le temps), qu’est- ce qu’il était beau! Il était un savant mélange de lenteur, de paresse et de réflexion, mais il était aussi doté d’une énergie sans faille lorsqu’il s’agissait de faire la fête jusqu’à l’aube ou s’il fallait s’employer sur un projet qui lui plaisait. Autrement, il n’était pas du genre à faire des efforts.

Il connaissait la capitale comme sa poche et prenait des clichés de tout, partout et tout le temps, nostalgie du métier qu’il avait exercé avant de devenir webmaster pour mettre un peu plus de beurre et de sauce tomate dans les pâtes. Les seules photos où je me trouve vraiment jolie, elles sont de Lui.

*&*&*

Nous avions dix ans d’écart, mais dans huit ans, quoiqu’il arrive: nous aurons le même âge, 36 ans. Nous venions de célébrer les siens dignement 54 jours plus tôt lorsque la mort me l’a pris, subitement, dans son sommeil, cette putain nuit d’août 2008. Nous nous apprêtions à retourner en vacances vers la Provence, là où il avait trouvé la force de se raconter… Au lieu de ça, j’ai affronté la pire semaine de ma vie sous la pluie de Paris. Le soleil est apparu quelques minutes, à la sortie de la cérémonie.

*%*%*


G. s’amusait plus que de raison, toujours à gauche à droite, alors que le mal le rongeait et qu’il était censé se ménager… Mais je ne lui en voudrai jamais. C’était son choix. Jusqu’au bout. Qui sait s’il serait encore là et dans quelles conditions s’il avait prêté plus d’attention à sa santé? Personne, pas même le corps médical, que j’ai questionné sans relâche. Alors “tant mieux“, tu as vécu comme tu l’entendais jusqu’au dernier souffle, c’est ce qui me réconforte le plus aujourd’hui, quand bien même ton absence reste intolérable. Tu n’as jamais écouté personne, pas même moi qui te voyais de plus en plus fatigué, qui me tracassais, mais tu t’es, tu nous as épargné l’angoisse de l’hôpital. Tu ne voulais pas y aller, c’était ta hantise. Finalement, tu es parti comme tu l’avais toujours souhaité. Sans t’en rendre compte.

C’était juste beaucoup trop tôt.

Et moi , pour le coup, j’ai eu tout le temps de réaliser. Et je réalise encore.

Tu m’as laissé seulement une minuscule année et demie à tes côtés, nous en étions aux prémices… Juste assez pour m’apercevoir que tu étais comme les autres, ce n’est pas parce que tu as disparu, que tu es devenu, ou dois devenir le “meilleur” d’entre tous… Non, tu étais simplement un mec bien, mon mec bien à moi, loin d’être parfait, mais rempli de belles qualités humaines. Tu ne m’as jamais fait de cadeaux palpables en dehors de tes étreintes, mais tu m’as offert des souvenirs et des instants indélébiles à la pelle: tu n’as jamais compté pour que nous nous évadions à 10 ou à 10 000 kilomètres, tu faisais tout pour agrémenter et donner de la saveur à notre quotidien parisien. Le matériel n’était pas important, seul comptait l’instant présent. Peut- être parce que, déjà, tu savais…

Il n’était pas toujours évident de causer “projets d’avenir” étant donné ton état et son évolution… Mais je me sentais à nouveau l’envie de m’engager amoureusement avec un homme. Tu avais réussi à me redonner cette confiance qui avait été mise à mal. Tes “je t’aime” étaient rares mais précieux. Et nous commencions à envisager la possibilité d’un nid, à deux, moi la grande frileuse

G., je t’ai déjà dit que ça fait chier tout ça? Ouais, je te l’ai déjà dit, je crois même que je l’ai souvent hurlé. Et je suis sûre que tu m’entends… Où que tu sois. Même si c’est nulle part.

Gwendall y yo, Sevilla- Julio 2008

Ce billet un peu différent dans cette série, est une fois de plus, un hommage brûlant à Gwendall ou Celui qui me manque toujours autant18 mois plus tard, et qui me fera toujours défaut dans les 18 prochaines décennies à venir.

Néanmoins, j’ai le chagrin rebondissant: j’essaye de rester active le plus possible sur la cause du Don d’Organes. Plusieurs opérations de communication sont menées en ce moment dans les CPAM par la Fondation Greffe de Vie, je serai encore de la partie le 15 mars prochain!

Si ce post peut vous amener à réfléchir sur la question, en parler avec vos proches et leur faire connaître votre position… Si ce n’est pas déjà fait bien entendu! Parce qu’on peut tous être amené un jour à être donneur, mais aussi receveur… Autrement dit: “Avoir du coeur”?

Je ne suis pas spécialement “fan” de ce spot que je trouve légèrement “cucul la praline” et “gogolisant”, mais le message y est exprimé très clairement et c’est de loin le plus important.


EDIT du 10/03/10 (en réponse à Berthoise mais aussi à toutes celles & ceux qui seraient passés ici silencieusement… et vous avez été très nombreux!): Je n’ai pas voulu mettre mal à l’aise avec mes mots… Tout comme je n’ai pas souhaité en le rédigeant, que ce billet soit trop « sombre », j’espère qu’il ne l’est pas (du moins, pas tant que ça)… Parce que justement, je voudrais aussi insister sur le fait qu’au- delà de la douleur, on se relève, même si c’est encore très dur par moments et que ça le sera encore, épisodiquement, mais éternellement.

La preuve, ce n’est que le #3 d’une série de 5 posts!

Je crois que c’est ce message là le plus important à faire passer, la reprise de la Vie, toujours… Parce que j’ai cette chance folle d’être merveilleusement bien entourée, j’en suis très consciente, ce sont Ceux qui restent et qui m’aiment que je remercie ici.

Le chagrin est tellement évident malheureusement, il “transpire” forcément ici, mais je ne veux pas le souligner plus que ça… Je ne suis pas sûre qu’on s’en « remette », mais on se forge avec, j’en suis persuadée.

18 Commentaires laisser un →
  1. 9 mars 2010 9 h 24 min

    Le jour où nous sommes plus vieux que les personnes au cimetière, c’est toujours un drôle de jour.
    Muxu.

    • Aurélie permalien*
      9 mars 2010 11 h 27 min

      Merci pour ce bel uztargi de mots*

  2. 9 mars 2010 11 h 54 min

    elle est belle ton histoire (malgré que)

    • Aurélie permalien*
      9 mars 2010 12 h 38 min

      Il y a toujours plus ou moins un “malgré que” au bout des belles histoires, quel qu’il soit… Jusqu’au jour où la belle histoire aura simplement un début, un cheminement, et pas de fin?
      Un peu de répit en somme :)

  3. Berthoise permalien
    9 mars 2010 19 h 02 min

    Bises.
    Je sais c’est très bête, je ne te connais pas mais je veux toutefois te dire que j’ai lu et que je comprends qu’il soit difficile de se remettre d’un tel chagrin.

    • Aurélie permalien*
      10 mars 2010 9 h 55 min

      Je n’ai pas voulu ce billet trop “sombre”, j’espère qu’il ne l’est pas… Parce que justement je voudrais aussi insister sur le fait qu’au- delà de la douleur, on se relève, même si c’est encore très dur par moments et que ça le sera encore…

      La preuve, ce n’est que le #3 d’une série de 5 posts :)

      Je crois que c’est ce message là le plus important à faire passer, la reprise de la Vie, toujours… Et cette chance folle que j’ai d’être merveilleusement bien entourée, ce sont Ceux qui restent que je remercie ici.

      Le chagrin est tellement évident malheureusement, il transpire forcément ici, mais je ne veux pas le souligner plus que ça… Je ne suis pas sûre qu’on s’en “remette”, mais on se forge avec, j’en suis persuadée!

      Merci pour ton message, même si on ne se connaît pas, bises*

  4. 9 mars 2010 19 h 14 min

    Très beau texte….
    Pour ce quie st du don d’organes… Tout le monde sait ce qu’il faudrait faire “au cas où”… j’ai même une carte de donneur dans mon portefeuille…

    • Aurélie permalien*
      10 mars 2010 9 h 58 min

      “Tout le monde sait”, mais “tout le monde ne sait plus forcément” au moment où il faut donner une réponse rapidement à l’équipe médicale quand on est déjà dans un moment où il faut faire face au deuil et à sa propre douleur…. Et c’est humain parce que ce n’est pas toujours évident de penser au bonheur d’une autre famille lorsqu’on prend en pleine face son propre malheur. D’où l’intérêt d’en parler “bien avant”…
      Merci*

  5. 11 mars 2010 12 h 25 min

    Il nous manque ce con, et ta plume lui rend hommage…

    • Aurélie permalien*
      11 mars 2010 13 h 32 min

      Tant qu’il nous manque, ça veut aussi dire qu’il est “encore” là d’une certaine façon…
      Merci & see U soon :)

  6. 14 mars 2010 22 h 08 min

    Moi je le trouve beau ce billet, comme à chaque fois que tu parles de Lui. La peine transpire, certes, mais moins que l’Amour, c’est ça le plus important. Je t’embrasse beauté !

    • Aurélie permalien*
      14 mars 2010 22 h 25 min

      C’est toi la PLUSSS belle, je t’embrasse encore + fort …
      (merci*)

  7. 4 juillet 2010 14 h 25 min

    Je comprends mieux ton commentaire, quand j’avais fait le billet sur le don du sang.
    Bise.

    • Aurélie permalien*
      4 juillet 2010 19 h 45 min

      Il y a des évènements qui font qu’on devient plus sensible à certaines causes… Bises itou*

  8. 23 août 2011 11 h 17 min

    Maintenant que je t’ai lue, Brassens chante ça dans mon crâne :

    Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

    Seulement ces trois vers, en boucle.

Rétroliens

  1. L’échappatoire est une voie sans issue « La vie en rouge… (arc- en- ciel)
  2. 11-1-11 (1h11) « La vie en rouge… (arc- en- ciel)
  3. De ces parenthèses qui apaisent* « La vie en rouge

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